La Roche est un hameau situé au sud de la Commune de Court-Saint-Etienne. C’est en s’y promenant entre autre depuis la rue du Pont de Bois, en direction du Bois Sainte-Catherine que l’on pourra se rendre compte d’un phénomène géomorphologique particulier appelé érosion en boutonnière (ou pseudo-boutonnière). C’est à la faveur de cette érosion intense qu’a pu réapparaître en surface une roche très ancienne qui sera exploitée à La Roche.

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Maison en pierre du pays à La Roche-en-Brabant

Origine des roches du Primaire

Il y a 1 milliard d’années, une vaste chaîne de montagnes appelée huronienne est située dans la région actuelle de l’est de la Scandinavie, Finlande et Russie. Au pied de ces montagnes s’étend un vaste océan. L’érosion du continent va progressivement combler en couches de sédiments successifs un géosynclinal [1] situé vers l’est et le sud, durant le Précambrien et le début du Paléozoïque ou ère Primaire (c’est-à-dire durant les systèmes Cambrien Ordovicien et Silurien) soit durant 650 millions d’années. La vie peu développée à cette époque est uniquement aquatique. Au départ de ces sables et de boues argileuses déposés dans l’océan, par des évolutions diagénétiques (compactions, cimentations entre les grains), des roches meubles sédimentaires [2] détritiques [3] vont se transformer en roches cohérentes ou lapidifiées : grès et schistes [4] la durée des temps géologiques, les hautes pressions et fortes températures (300 à 350°), dues aux poids des roches surincombantes et des phases de plissement, vont également affecter la roche par une fusion partielle et recristallisation de certains de ses composants, ce phénomène est appelé métamorphisme et transforme à des degrés divers les grès en quartzites et les schistes en phyllades. En plusieurs phases, des mouvements tectoniques vont ériger chez nous une chaîne de montagne.  Les traces de cette orogenèse [5] dite calédonienne se retrouvent actuellement sous la forme roches affleurant en massifs isolés. En Belgique, le « Massif du Brabant » est le plus grand. Il traverse le milieu de la Belgique d’Est en Ouest et est visible aujourd’hui uniquement dans les fonds de vallées (Dendre, Senne, Dyle, et leurs affluents, tels la Thyle).

Description et utilisation des roches cohérentes du Primaire

Les fossiles (graptolites, acritarches et spores) retrouvés aujourd’hui dans les roches sont de tailles très réduites et certains visibles uniquement au microscope. L’étude de ces micro-fossiles (micropaléontologie) a permis la datation des roches et donc de préciser la succession des formations calédoniennes. 
À La Roche, les roches sont datées de la fin du Cambrien, début de l’Ordovicien (Trémadocien inférieur, Formation de Chevlipont) soit d’environ 500 millions d’années ! Exploitée sous l’appellation de « Quartzophyllade  ou Schiste de Villers(-la-Ville) », cette roche est formée d’une succession de feuillets de quartzites ou de grès grenu, dont l’épaisseur varie du millimètre au centimètre. Ces feuillets sont séparés par des lits de micas; ces intercalations peuvent aussi prendre des allures ondulantes. Cette alternance de siltites claires (riches en quartz) et grises (riches en argiles) donne un aspect « rubané ». Il manque en fait dans la terminologie classique un nom précis qui puisse définir correctement cette roche dans laquelle le métamorphisme est peu marqué. C’est pourquoi certains auteurs l’appellent straticulite. Quoiqu’il en soit, de tout temps, les producteurs de pierre et les utilisateurs de ces matériaux emploient des termes consacrés par l’usage mais qui ne correspondent pas à la rigueur des classifications géologiques. Cette pierre a une couleur variable : en cassure fraîche bleu noir à gris verdâtre, gris beige en fonction de la proportion de mica et de quartz ou brunâtre par altération. Très résistante à la compression, et peu sensible à la pollution atmosphérique, son gros défaut est sa forte sensibilité au gel.
Vers Faux, la roche est plus ancienne (Cambrien moyen à supérieur à Trémadocien inférieur, Formation de Mousty) et sa nature différente (essentiellement des schistes noirs) a fait ouvrir des carrières pour l’extraction d’argiles noires ou rouges. Ces argiles appelées « terres noires » ou « noir de fumée » et « terres rouges » étaient utilisés comme matière colorante. Le faciès noir des roches de cette formation se retrouve également à Court-Saint-Etienne dans la vallée de la Dyle. Ce faciès possède des teneurs en Uranium sensiblement plus élevées que dans la moyenne des roches sédimentaires. Il s’en dégage un gaz inodore, incolore et radioactif : le radon (voir notre dossier : la problématique du radon).  C’est dans cette même Formation que l’on trouve des roches riches en grenats spessartinifères (vallée de la Dyle) et des lentilles de phtanite (Franquenies).
Vers Beaurieux et le Centre, la roche plus ancienne encore (Cambrien inférieur, Formation de Tubize) est caractérisée par des bancs de grès, de siltites ou de schistes de couleurs passant du gris-vert au vert olive. Il existe plusieurs niveaux à magnétite. Un filon de mispickel ou arsénopyrite (FeAsS) a suscité des tentatives d’exploitation au XVIII et XIXeme siècle. En 1878, le filon a malencontreusement été recoupé par le puits d’alimentation en eau du Home Liboutton, avec comme conséquence l’empoisonnement à l’arsenic de plusieurs pensionnaires. Le captage de l’eau dans un but thérapeutique a été réalisé de 1880 à 1911 par la Société des eaux arsénicales de Court-Saint-Étienne fondée par Émile Henricot.

Origine des roches du Tertiaire.

Reprenons notre histoire géologique pour expliquer ce qui recouvre les roches anciennes.  Depuis le Silurien (il y a 435 millions d’années)  jusqu’au Paléocène (il y a 65 millions d’années),  la région est soumise à des mouvements qui vont tour à tour en faire des océans peu profonds (transgressions marines) avec sédimentations et des archipels émergés lors de périodes de soulèvement et de plissements ; l’érosion balaye alors tous les sédiments plus récents. Au début de l’ère tertiaire, le plissement alpin va influencer indirectement notre région en basculant tout le vieux socle plissé. Ce basculement selon une pente générale sud-nord contribuera d’ailleurs à l’orientation générale des cours d’eau. De nouvelles transgressions auront lieu et vont déposer d’épaisses couches de sables (et argiles).

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Chemin dans les pins à Sart-Messire-Guillaume

Description et utilisation des roches meubles du Tertiaire.

Sur tout le territoire de Court-Saint-Etienne, seul le sable d’âge éocène (Lutétien, Formation de Bruxelles anciennement appelé « Bruxellien ») est retrouvé (âge : 53 millions d’années). Ces sables fins à grossiers, siliceux sont de couleur blanche à jaune roux. Ils renferment fréquemment des rognons de grès fistuleux. Le sable est intensivement exploité dans les communes avoisinantes. Les Stéphanois ont prélevé occasionnellement du sable pour la construction. La littérature relate l’ouverture de carrières vers Faux et Tangissart.     
Une remarque s’impose quant à la présence possible de sables du Landénien inférieur, entre le socle paléozoïque et les sables bruxelliens. Ces sables seraient présents dans le hameau de Mérivaux. Un autre témoin se trouve à Beaurieux, sous la forme d’un bloc de grès silicifié de plus d’un tonne, appelé « La Pierre qui Tourne ». Ce bloc aurait été prélevé sur place ou transporté. Sa présence surprenante et mystérieuse est l’origine d’une légende.

Origine des roches du Quaternaire.

Au Quaternaire, les sables bruxelliens se recouvrent de loess lors des périodes glaciaires. Mélange d’argiles et de sables fins incorporant des éléments calcaires, ce limon est apporté par les vents en provenance des glaciers descendus parfois jusqu’au centre des Pays-Bas. C’est essentiellement lors de ces conditions climatiques particulières que se formera la vallée. Le sol couvert d’une rare végétation va être profondément creusé lors de périodes fortement pluvieuses : durant les printemps les dégels de grandes quantités de neige vont libérer de grosses quantités d’eau sur un sol gelé en permanence en profondeur (permafrost).  L’érosion se fera en profondeur mais aussi latéralement entraînant d’énormes quantités de matériaux meubles du Tertiaire. C’est ainsi que la boutonnière géomorphologique se forme petit à petit découvrant le socle Primaire. Le fond des vallées est généralement recouvert d’alluvions composés de dépôts argilo-sableux pouvant contenir des galets de grès ou de quartzite paléozoïque.

Description et utilisation des roches meubles du Quaternaire.

Le loess  a permis le développement de sols fertiles qui font la richesse agricole des plateaux les plus élevés. Quelques exploitations artisanales de l’argile pour de fabrication de briques se sont développées localement.

Lexique : 

[1] Géosynclinal : structure géologique résultant de l’affaissement progressif d’une grande zone de l’écorce terrestre ; cette descente (subsidence) qui se produit généralement dans une mer, est compensée par l’apport de sédiments en couches épaisses. 
[2] Roches sédimentaires : se dit de roches résultant du dépôt dans l’eau ou dans l’air de matériaux d’origines et de natures diverses (fragments de roches préexistantes, de produits d’origines animales ou végétales, de sels minéraux précipités). 
[3] Roches détritiques ou silici-clastiques : roches formées essentiellement de fragments de nature siliceuse ou silicatée. 
[4] Schiste : à tort, ce mot est souvent employé en français à la place du terme géologique exacte de shale. 
[5] Orogenèse : succession de processus géologiques depuis la formation d’un géosynclinal jusqu’à l’individualisation d’un système montagneux par une série de phases de déformation (mouvements orogéniques).

Bibliographie : 

– ANDRE L, HERBOSCH A., LOUWYE S., SERVAIS T., VAN GROOTEL G., VANGUESTAINE, M & VERNIERS J., 1991.Guidebook to the excusion on the stratigraphy and magmatic rocks of the Brabant Massif, Belgium. Annales de la Société Géologique de Belgique, 114 /2, pp 283 à 323. 
– ANTOINE R. & ANTOINE P., 1943.
 Les assises de Mousty et de Villers-la-Ville du bassin supérieur de la Dyle. Annales de la Société Géologique de Belgique, 66 : pp M53 à M170. Collectif, 1996. Pierres à bâtir traditionnelles de la Wallonie, manuel de terrain. Direction générale des Ressources naturelles, 261 pp. 
– BRONCHART L., & ISTAZ D., 1993. Itinéraire d’une rivière brabançonne, Hommes et Paysages, Société Royale Belge de Géographie, Administration communale de Chastre, 48 pp. 
– DAMBLON F., & STEURBAUT E., 2000. 
Gobertange : site géologique remarquable. In La Gobertange – une pierre, des hommes. Cera Holding, pp 19-48. 
– DELCAMBRE B., & PINGOT J.-L., 2002. 
Chastre Gembloux 40/5-6, carte géologique de Wallonie, notice explicative, 72 pp . 
– DEJONGHE L., 1998.
 Guide de lecture des cartes géologiques de Wallonie à  1/25 000. Direction Générale des Ressources Naturelles et de l’Environnement, 47 pp. 
– GROESSENS E., 1992.
 Considérations géologiques à propos des matériaux utilisés lors de la construction de l’abbaye de Villers-la-Ville. Bulletin du G.E.S.T. 7/1992 n° 54, pp 2 à 19. 
– HERBOSCH A., & LEMONNE E., 2000. 
Nivelles – Genappe 39/7-8, carte géologique de Wallonie, notice explicative, 59 pp . 
– HERREMANS J.-P., 1987.
 Le Brabant sablo-limoneux. Ed. Les Réserves Naturelles et Ornithologiques de Belgiques, 31 pp. 
– LOMBARD A., 1957.
 Géologie de la Belgique. Ed. Les Naturalistes Belges. 168 pp. 
– MOURLON M., 1911.
 Texte explicatif du levé géologique de la planchette de Chastre n° 130. Annales des Mines de Belgique, 19 pp. 
– PEETERS A., 1995.
 Les champs et les prairies. In : Le Grand Livre de la Nature en Wallonie. Ed. Casterman, pp 67 à 73. 
– SERET G. & MVUMBIPHASI G., 1987.
 Les loess de Louvain-la-Neuve et des environs, étude de faciès, stratigraphie et évolution paléoclimatique. In Acta Geographica Lovaniensia, Vol.29, pp 39 à 62.

Adresses et Sites utiles : – Ministère de la Région Wallonne,

D.G.R.N.E. (Direction Générale des Ressources Naturelles et de l’Environnement) Service Publication 15, avenue Prince de Liège, 5100 Jambes (tél : 081.32.56.87) vente des cartes géologiques. 
– Cartes géologiques de la Région Wallonne en ligne
 : http://carto1.wallonie.be/geologie 
– Cartes géologiques et plaquettes explicatives téléchargeables http://geologie.wallonie.be/site/geoprod/donnees/telechargements 
– Service géologique de Belgique : 
http://www.sciencesnaturelles.be/science 
– Université de Liège
, département de Géologie : http://www.ulg.ac.be/geolsed/page2.htm : cours en ligne.  
– articles sur le Brabant sur le site de Geologica belgica http://www2.ulg.ac.be/geolsed/GB/ 
– Activités séismiques à Court-Saint-Etienne en 2008 :http://www.seismologie.be/index.php?LANG=FR&CNT=BE&LEVEL=0 et http://seismologie.oma.be/dir1700/pdf/
Poster_BW.pdf
 
– divers : http://www.geologyshop.co.uk nombreux liens vers références géologiques 
– les terres émergées à travers les temps géologiques : http://bit.ly/WUcu8R
 
J.PH. LEFIN 08/2001
maj JPhL 13 avril 2005
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