Petite localité au passé industriel prestigieux, Court-Saint-Étienne se situe au confluent de la Thyle et de la Dyle en amont d’Ottignies, petite ville voisine, et de Wavre. L’évolution de l’entité stéphanoise est liée au développement des usines qui occupent son centre et dont l’origine remonte à 1847. À cette époque s’installe au Moulin Fauconnier, sur les bords de la Thyle, une fonderie pour produits émaillés et une forge pour essieux et bandages. Dès 1855, cette installation profite du passage sur le site des voies ferrées du Grand Central qui relie Anvers au bassin carolorégien.

Quelques années plus tard, Émile Henricot, jeune ingénieur diplômé de l’Université de Liège, est engagé par le propriétaire le général comte Goblet d’Alviella, et il prend la direction de l’affaire. Il en devient lui-même propriétaire en 1885. Il inaugure le règne de quatre générations d’une famille qui allait présider aux destinées des usines pendant plus de 100 ans (voir La famille Henricot à Court-Saint-Étienne). Par de nouveaux investissements, ce capitaine d’entreprise donne un essor remarquable à sa société. Rapidement, celle-ci acquiert une réputation dans la production de pièces en fonte puis en fer forgé, et la qualité de fabrication de boîtes à huile pour wagons font bientôt sa renommée. Avec l’installation de nouveaux convertisseurs Bessemer en 1897 commence pour la société l’ère des aciers coulés Henricot, réputés dans le monde entier. La production de pièces spéciales moulées se développe. En 1905 sont fabriqués les premiers attelages automatiques pour chemins de fer.

Entre-temps, vu l’étroitesse des lieux, une seconde usine est construite dès 1901 au Pré Belotte le long de la Dyle, de l’autre côté du chemin de fer. Le nouvel outil autorise la réalisation de pièces de grande dimension et des fabrications en série tels les cuvelages[1] pour mines de charbon, dont la maitrise technique aboutira plus tard à la réalisation de caissons de coffrage du tunnel sous l’Escaut à Anvers. Avec l’installation dès 1929 de fours électriques, les Usines Émile Henricot vont se tailler une place de leader sur le marché des aciers spéciaux de haute qualité. En 1935 sont construits la forge et le laminoir d’aciers alliés et, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en 1947, sortira une merveille de précision technique, le bathyscaphe du professeur Auguste Piccard.

Fabrication du bathyscaphe :
(pour plus de détails, cliquer ici)

bathyscaphe1
bathyscaphe2
bathyscaphe3

Dix ans plus tard, il est procédé à la construction de nouveaux laboratoires de recherche et de contrôle et, à partir de 1958, sont livrées les premières pièces pour l’industrie nucléaire, nouveau secteur clé pour l’entreprise. À cette époque, elle continue à progresser par une modernisation et une adaptation constantes de ses installations aux techniques nouvelles, par exemple par la construction d’un train à fil machine en acier inoxydable et réfractaire. Les deux usines couvrent progressivement plus de 26 hectares et occupent jusqu’à deux mille cinq cents ouvriers qui produisent annuellement 30.000 tonnes d’acier, essentiellement des aciers moulés pour matériel roulant, pour des installations de broyage et pour divers secteurs industriels, ainsi que des aciers spéciaux forgés et laminés. Pas moins de 70% de leur production est exportée par l’intermédiaire de leurs agences européennes et d’outremer.

Le visage de Court-Saint-Étienne a été profondément bouleversé par le développement des Usines Émile Henricot. L’habitat s’est particulièrement étendu sur chacun des versants de la vallée que relie un commercial très diversifié et très actif jusqu’à la fermeture des usines. En effet, en 1984, s’éteignaient pour toujours les fours des usines.

Tandis que les bâtiments étaient laissés à l’abandon (actuellement ne subsistent que la conciergerie, les anciens bureaux administratifs, le laboratoire, quelques halls dont le n° 11, classé, et le parc à mitrailles, le foyer populaire et le dispensaire, tous affectés à des activités diverses) et que tout l’équipement était démantelé, une petite partie des archives a pu être sauvée, et rassemblée par le Patrimoine Stéphanois qui en a fait l’inventaire : documents techniques, administratifs, économiques, sociaux,… des photos, des plans, des modèles, des objets et documents divers.

Lexique :
[1] Cuvelage : ensemble des pièces destinées à maintenir les parois d’un puits. Les cuvelages furent d’abord faits de pièces de bois, ils devinrent métalliques par la suite.

Bibliographie
:
DUBOISDENGHIEN M., 1995. Ciel Orange Henricot… une usine, une école. Éd. Les Capucines, 216 p.
Archives du Patrimoine Stéphanois a.s.b.l.


EMMANUEL LE PAIGE 2 janvier 2002