Durant la dernière glaciation, la Belgique était une toundra, vaste steppe au sol gelé, sur laquelle ne poussait qu’une maigre végétation de lichens et de plantes herbacées. Profitant du réchauffement de l’atmosphère, la forêt se réinstalla vers 8.000 ans avant JC. Elle était alors principalement constituée de chênes, de noisetiers et de tilleuls. Lorsque les premières populations néolithiques arrivèrent dans la région, vers 4.500 ans avant JC, elles préférèrent d’abord défricher et cultiver les versants des vallées, aux sols sablonneux meubles et faciles à travailler. Cependant, ces sols étaient peu fertiles. Ils furent donc rapidement abandonnés et livrés au pâturage extensif qui les transforma petit à petit en landes à bruyère. Localement, les sols sableux firent encore l’objet de petites cultures éphémères grâce à la technique de l'essartage qui consiste à défricher la végétation et à la brûler sur place, ce qui permet une fertilisation momentanée du sol. Les landes à bruyère, aujourd’hui pratiquement disparues, et l’essartage ont laissé des traces dans la toponymie locale. Par exemple, non loin de La Roche, se trouve un lieu-dit nommé Bruyère du Sart. A Villers-la-Ville, un site est appelé Bruyère du Culot. Les noms de plusieurs villages de la région rappellent la pratique de l’essartage. Citons, parmi ceux situés le long de la Thyle: Tangissart, Sart-Messire-Guillaume et Sart-Dame-Avelines. Ce type de nom est fréquent dans le Brabant. Au 19ème siècle, la pratique du pâturage fut abandonnée et les landes à bruyère furent plantées de pins sylvestres. A cause de l’importation chez nous de moutons australiens bon marché, l’élevage ovin cessa d’être une activité lucrative. Par contre, le bois de pin s’avéra utile pour étançonner les galeries des mines de charbon alors en pleine expansion. Les zones sablonneuses sont encore essentiellement plantées de pins sylvestres ou noirs. Toutefois, le pin tend aujourd’hui à être remplacé par le chêne rouge d’Amérique. Celui-ci pousse plus rapidement que ses cousins locaux, les chênes sessiles et pédonculés, et supporte mieux les sols médiocres.
En
absence de pratiques sylvicoles réapparaissent des espèces typiques de
l’ancienne lande sablonneuse, comme la callune[1],
la myrtille et la molinie. Un hôte particulièrement important de
la lande à callune est le lézard vivipare. Celui-ci, encore présent
dans les environs de La Roche, est l’un des rares reptiles, avec l’orvet et
la couleuvre à collier, vivant dans le Brabant. Sa survie est toutefois menacée
par la ré-exploitation forestière des landes ou l’installation progressive
et naturelle de bouleaux verruqueux (stade de la boulaie) à laquelle succèdent
les chênes et les hêtres (stade de la chênaie-hêtraie).
L’ aulnaie marécageuse
se caractérise par la présence d’aulnes glutineux, de saules et de
quelques bouleaux pubescents, au pied desquels poussent la laîche paniculée
(qui forme des touradons), l’iris jaune, le populage et la consoude
officinale.
On
la rencontre par exemple aux abords du moulin de Chevlipont.
![]() Aulne à Chevlipont |
![]() coléoptère Chrysomèle de l'aulne |
Ce type de forêt inondée et impénétrable constitue un
milieu favorable aux oiseaux
d’eau qui y trouvent un abri sûr contre les prédateurs.
Parmi ces oiseaux, le canard colvert nous est
particulièrement familier. Il est vrai que ses effectifs augmentent et qu’il
tend à s’installer de plus en plus sur les étangs des parcs et dans les
zones urbaines.
La poule d’eau, et dans une moindre mesure, son
parent, le foulque macroule, sont également des oiseaux courants. Ces
deux espèces se distinguent notamment par la couleur de leur front, rouge chez
la première et blanc chez la seconde. Toutes deux nichent à l’abri des
buissons bordant les plans d’eau.
Le héron cendré vient fréquemment pêcher au bord
des étangs. Cet échassier de près d’un mètre de haut niche en colonies
dans de vastes nids construits au sommet de grands arbres et réutilisés
d’année en année. Une telle colonie est installée à Rixensart dans la vallée
de la Lasne. Le héron se reconnaît en vol à son cou replié.
L’aulnaie est également fréquentée par le grèbe huppé.
Cet oiseau blanc, à la collerette rousse, pêche sous l’eau. On peut
l’observer sur le lac de Louvain-la-Neuve où il niche depuis quelques années.
C’est une espèce en expansion qui maintenant s’accommode de plans d’eau
peu étendus et à végétation réduite, pour autant qu’ils soient
poissonneux.
Des amphibiens, comme la grenouille rousse, sont évidemment
présents. On peut assister aussi au spectacle extraordinaire de la migration
printanière de centaines de crapauds communs quittant les bois pour
aller s’accoupler dans l’eau. Cette espèce pond plus tardivement que la
grenouille rousse (au début du mois de mars, lorsque la température atteint 10°C).
Elle hiberne souvent dans des galeries creusées par de petits mammifères
(taupe, …). Les crapauds en général se différencient des grenouilles par
leur peau verruqueuse.
La chênaie atlantique à jacinthes des
bois est un milieu typique des sols limoneux de l’ouest de la Moyenne
Belgique. La strate arborescente y est constituée de chênes pédonculés, de hêtres
et d’érables sycomores. En avril-mai, le sol est couvert de superbes tapis
bleus de jacinthes des bois qui dégagent une odeur très agréable. Un
peu plus tôt dans l’année, c’est la surelle qui est en fleur. En été,
la strate herbacée est dominée par la fougère femelle.
Parmi les oiseaux qui la fréquentent, citons la fauvette
à tête noire. Cette espèce apprécie les buissons du sous-bois où elle
recherche les insectes et les baies qui constituent la plus grande part de sa
nourriture. La présence du mâle se remarque au chant mélodieux qu’il émet
durant le printemps et jusqu’à la fin de juillet. Mais en général, c’est
par son puissant cri d’alarme (« tchak tchak ») que la fauvette se
manifeste. Comme les autres fauvettes, la fauvette à tête noire hiverne en
Afrique.
Autre habitant des bois, le pic vert signale sa présence
par un cri typique ressemblant à un rire, qu’il lance en volant. Ce très bel
oiseau, au plumage vert et à la calotte rouge, est moins arboricole que son
cousin, le pic épeiche, car c’est surtout au sol qu’il recherche sa
nourriture, en l’occurrence des fourmis. Le pic vert se caractérise aussi par
le fait qu’il tambourine peu[2].
On peut entendre la nuit le hululement de la chouette
hulotte. Ce rapace nocturne se distingue du hibou moyen-duc par sa grosse tête
ronde, son corps plus massif et l’absence d’aigrettes. D’autre part, il
affectionne moins que ce dernier les bois de conifères. C’est déjà en hiver
que les couples de hulottes se forment. C’est d’ailleurs à cette époque
que les hululements se font le plus entendre. Les chouettes hulottes se
nourrissent de rongeurs, de musaraignes, de batraciens, d’oiseaux,
d’insectes, et même de poissons.
Le chevreuil est aussi un habitué des bois à
jacinthes. Il est le plus petit cervidé d’Europe et le seul vivant dans les
forêts brabançonnes. C’est une espèce dont la population est stable en
Wallonie et essentiellement régulée par la chasse. Nocturne, il se cache en
journée sous le couvert végétal, mais est souvent observable tôt le matin ou
le soir dans les clairières ou les champs bordant les bois. Le chevreuil se
nourrit de feuilles de ronces et de jeunes arbres, de pousses, de baies, de
graines, et parfois d’écorce à la mauvaise saison. En hiver, il forme de
petits groupes, mais vit ensuite en solitaire ou en couple. La période de rut
s’étale de juillet à août. Quoique l’accouplement ait lieu en été, le développement
de l’ovule fécondé est retardé et la naissance ne se produit qu’en mai le
plus souvent. En général, il y a deux faons, au pelage tacheté, par mise bas.
Les jeunes mâles ont leurs premiers bois durant l’été qui suit l’année
de leur naissance. Au cours des deux années suivantes, deux nouvelles paires
d’andouillers viennent garnir leur ramure qui ne se développe plus par la
suite. Chaque année, en novembre ou décembre, les bois tombent. Ils commencent
à repousser un mois plus tard et atteignent leur taille définitive en mars.
Les bois tombés sont une source appréciable de calcium pour les petits mammifères.
Lexique
(1)
callune : de la famille
des éricacées comme la bruyère et la myrtille.[retour
au texte]
(2)
Le pic noir a également été signalé
dans la région. Cet oiseau au plumage noir et à la calotte rouge est le plus
grand des pics d’Europe.[retour
au texte]
Bibliographie
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PH HERMAND 01/03/2002
maj JPL 13 avril 2005